Intelligence artificielle & travail- 1. Le sens du travail

Dans ma trilogie « Chevaucher le tigre » (1. L’IA et l’entreprise  2. L’IA et la RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise)  et 3. Pour des labels IA « Entreprise IA- Responsable) j’ai brossé à grands traits l’impact de l’intelligence artificielle (IA dans la suite) sur l’entreprise dans son ensemble, ainsi que la manière dont la démarche RSE peut et doit englober la dimension « IA » et son impact, environnemental, humain et sociétal. Enfin, pour aider les entreprises à maîtriser cet impact de façon positive et responsable (pour ce qui dépend d’elles), j’ai souligné l’urgence du développement de labels « Entreprise IA -Responsable » et symétriquement « Investissement IA-Responsable ».

Mais au cœur de l’impact de l’IA dans l’entreprise, se trouve la question centrale de la nature et du sens du travail. En effet, qu’elle soit subie et implicite, ou bien voulue et explicite, introduite de façon incrémentale ou bien globale, l’IA transforme les processus, les métiers, les emplois, les compétences, les organisations, et, plus profondément encore, les comportements. Aussi bien dans les grands groupes que dans les PME (cela vaut aussi pour les collectivités territoriales). Dans certains cas elle va même jusqu’à changer la nature et le sens du travail, faire bouger la place de l’humain dans la création et l’innovation, la production et les servicesLa notion de management, déjà largement remise en question par la révolution numérique (même hors IA) et par les modes managériales, est largement impactée elle aussi, de façon transverse.

Je vous propose d’examiner de plus près cette question fondamentale dans une nouvelle trilogie: « IA et travail », en concluant bien sûr par des recommandations. Pour faire pendant, en quelque sorte, à la très légitime quête de sens de l’entreprise (raison d’être, mission, rôle social etc.) qu’est venue renforcer la remise en cause du capitalisme ultra-libéral par le choc du COVID et des confinements (les crises des années 2000 et 2008 n’ayant pas suffi).

Dans ce premier article de la trilogie, commençons par le commencement, à savoir la nature et le sens du travail, en particulier en entreprise. Dans les deux prochains articles, nous approfondirons l’impact de l’IA sur l’organisation du (télé)travail dans l’entreprise, puis sur ses différentes composantes: les personnes, les métiers, les processus, le management, la gouvernance et les parties prenantes.

1.      Quelques rappels sur la nature et le sens du travail

CC_(share only)- Michael Jastremski _Hammer

1.1 Généralités

L’acte de travail est en général une combinaison (variable selon les cas et les circonstances) de :  moyen de subsistance, ressource financière, épanouissement, développement de soi, pénibilité, aliénation, vecteur d’humanisation, facteur de dignité, transcendance du quotidien, servitude, nécessité, projection dans l’avenir, transmission de savoir et apprentissage, occasion de liberté, don et contre-don, antidote à l’oisiveté et/ou à l’ennui, astreinte envahissante et pénible, rapport de force, domination, soumission, modelage de notre environnement de vie, idole possible, valorisation des talents, transmission de ce qu’on a appris et reçu, esclavage, participation au bien commun, possibilité créatrice et d’innovation, catharsis, refuge ou dérivatif, déploiement de talents, générateur de maladies, activité parcellaire et morcellée dans le temps et dans son objet, accaparement individualiste de ressources communes, lien social, participation à une œuvre commune, action sur la matière et les choses, possibilité de parachever et pas seulement de produire, insertion et reconnaissance sociale, service rendu, attention aux autres, utilité sociale, contrainte (subie ou délibérée) etc.

De ce magma qui fluctue constamment, mais qui reflète la réalité quotidienne de notre vie au travail, quel qu’il soit, il n’est pas difficile d’extraire des pôles apparemment antagonistes (comme les muscles du même nom, nécessaires au bon fonctionnement mécanique du corps). Par exemple :

positifnégatifcommentaire
développement personnelaliénation 
bonheur au travailpénibilité, détresse psychologique, stress 
facteur de dignitéaliénation, humiliation 
lien socialFacteur d’individualisme et de compétition excessive 
transcendance du quotidienabrutissement quotidien,RPS 
moyen de subsistance et de vie digneexploitation 
gratuité et donnécessité, contrainte 
facteur de libertéasservissement, aliénation 
modelage de notre cadre de viedestruction du cadre de viecf. pb environnementaux, sociaux…
valorisation des talentstâches répétitives sans intérêt activité à contre-emploi
participation au bien communAccaparement ou service de finalités antisociales absence de notion de bien commun (intérêt général…)
expression créatricetâches répétitives sans intérêtsauf si possibilité d’innovation 
dérivatif, refuge psychologiquecontrainte, aliénation 
antidote à l’oisiveté ou à l’ennui, à l’isolementAstreinte pénible, esclavage moral dimension sociale également
action positive sur la matièreasservissement aux machines 
artisanat, artfordisme, taylorisme 
agirsubir, fairevoir la distinction dans le texte
oeuvre, voire ouvragetravail en miettes (cf.Friedmann). Différence entre tâche et ouvrage, faire et agir
reconnaissance sociale, intégrationstigmatisation sociale isolement, exclusion également
utilité socialeconsumérisme, parasitage social et économique cf. Dominique Meda notamment
etc.etc. 

Sans le travail, le repos et le loisir n’ont pas de sens. Dans l’Antiquité et beaucoup de civilisations, le travail était réservé aux esclaves, et déshonorant (sauf l’artisanat) pour l’homme libre (Grecs, Romains etc.) Le commerce ou négoce (nec-otium, donc opposé de l’oisiveté) avait un statut intermédiaire. Le christianisme a ensuite réhabilité le travail en Occident, dès les premières années (voir saint Paul par exemple) et ensuite sous l’influence monastique ; en même temps qu’il éradiquait progressivement et lentement l’esclavage. L’industrialisation et l’hégémonie de la technique, ainsi que l’organisation sociale et le matérialisme, ont recréé les conditions d’une servitude d’une forme nouvelle.

Le travail est personnel, nécessaire et a une portée sociale. Le travail est aliénant quand le sens et la liberté sont supprimés ou que l’intégrité physique ou morale de l’individu est mise en cause. L’homme au travail a conscience qu’il travaille et est capable de faire évoluer sa façon de travailler, de la perfectionner (ou de la saboter). L’homme est un composé d’esprit et de matière : cela lui donne précisément le pouvoir de faire (modeler et réorganiser la matière pour obtenir les effets souhaités, de manière en général répétitive) et d’agir (faire, mais au service d’un projet et d’un bien supérieur à celui de l’agent).

CC_Antoine Taveneaux — Travail personnel-Travail_du_bois

Cette distinction entre « agir » et « faire »[1] est fondamentale pour notre sujet de l’IA au travail. L’IA peut favoriser l’agir, mais elle peut aussi réduire le travail humain au « faire », au détriment de « l’agir ». Agir c’est connaître le sens de ce qu’on fait, et s’en trouver bien. L’agir, qui est le résultat d’une décision libre, est orienté vers une finalité qui est autre que l’agent qui agit. « Agir » relève de l’art, que ce soit celui du potier ou de l’architecte ou du compagnon. Le travail est alors une œuvre, un ouvrage. « Faire » est subordonné à la technique. Faire, c’est exécuter, de façon généralement contrainte, des gestes techniques qui aboutissent à un résultat : objet, calcul, document, service… mais sans que ces actions soient orientées vers une finalité autre que la production. Le « faire » enferme l’agent sur lui-même. Le travail est alors une tâche. Même si le travail était méprisé dans la civilisation gréco-romaine (et probablement dans d’autres), réservé aux esclaves, on retrouve en grec cette nuance agir/faire dans le classique praxis/poïesis mais aussi dans ergazomaï/douleuo (doulos= esclave). Cette différence est illustrée par l’histoire du tailleur de pierre, à qui l’on demande ce qu’il est en train de faire. Il peut fournir (au moins) trois réponses :

  • « je taille une pierre »
  • « je participe à la construction d’une cathédrale, et la pierre que je taille s’insèrera etc. »
  • « je travaille pour la gloire de Dieu. »

Chacun pourra transposer cette histoire comme il lui conviendra, mais la différence entre les trois réponses est éloquente sur le sens (ou l’absence de sens) du travail.  « A quoi ça sert » et « à quoi je sers. »

Jean Fouquet_ vers 1465_ La construction du Temple de Jérusalem

L’entreprise est non seulement un lieu de production de valeur ajoutée, un rouage de la société fournissant des biens et des services, mais aussi un lieu social où des êtres humains travaillent ensemble à l’accomplissement d’un projet. Vers lequel se tournent souvent « par défaut » les autres lieux sociaux : familles, société publique, associations … D’où une exigence éthique envers l’entreprise qu’on ne trouve plus que difficilement dans la vie politique (ouvertement corrompue et irresponsable, sauf exceptions), ni dans la vie privée (en général farouchement individualiste).

Nous nous intéressons dans cet article à l’impact, avéré ou potentiel, de l’IA sur le travail en entreprise. Le sens du travail y est différent du cas de l’artisanat isolé ou du free-lance. Les salariés (au sens de l’entreprise étendue) ne travaillent en principe pas isolément, chacun dans son silo ou son couloir, mais ensemble. Leur travail s’intègre (normalement) dans l’action collective de l’entreprise, subordonnée à sa raison d’être, à ses objectifs, à ses valeurs, à ses règles, à ses pratiques, à ses outils de management ou de production etc. Nous en tiendrons compte dans la suite.

On verra aussi dans la suite que ce qui précède vaut autant pour le travail manuel que pour le travail intellectuel (en entreprise) ou simplement dématérialisé.

Aujourd’hui, tous insistent sur la nécessité de ré-humaniser le travail. Depuis l’époque de Ford et de Simone Weil, il a été ré-humanisé, incontestablement, d’un point de vue matériel (conditions de travail, sécurité etc.) Mais d’un autre point de vue, il a été déshumanisé par la pression du rendement, de la vitesse, de l’exigence de réactivité, du court-terme et par l’irruption du numérique et de la dématérialisation, qui désincarne les relations humaines. Il ne faut pas que l’IA vienne renforcer cette déshumanisation ; cependant, le risque est grand, on le constate déjà dans notre vie privée.

1.2 Quelques éclairages

Ici je cite quelques auteurs dont les propos m’ont paru pertinents à l’égard de notre sujet : l’IA au travail, sous l’angle du sens du travail.

1.2 .1 Simone Weil 

 Sur la base de son expérience en usine, Simone Weil est probablement le philosophe qui a le mieux et le plus authentiquement parlé du travail moderne, de son pouvoir de transcendance aussi bien que de son pouvoir d’aliénation. Sans compter l’ émouvante exigence de sa quête philosophique.

« Tout le monde répète que nous souffrons d’un déséquilibre dû au développement purement matériel de la technique. Le déséquilibre ne peut être réparé que par un développement spirituel du même domaine, c’est-à-dire dans le domaine du travail. C’est parce que nous n’avons pas été à la hauteur de cette grande chose qui était en train d’être enfantée que nous sommes jetés dans l’abîme des systèmes totalitaires. » (L’enracinement, 1949).

 « Il existe un domaine dans la vie active, dans lequel la liberté peut se réaliser sous la forme d’une adéquation de la pensée et de l’action, et c’est le domaine du travail. » [2]

Simone Weil_1909-1943_chercheuse de vérité

« L’homme se donne à l’homme en tant que travail. » [3]

 « Il faudrait donc que le travail puisse être vécu comme un contact avec la beauté du monde. »[4] Le numérique et notamment l’IA favorisent-ils cette jonction du travail avec le Beau ?

Forte de son expérience pratique, qui l’a profondément marquée et qu’elle a su théoriser, Simone Weil établit (ou retrouve) un lien indissoluble entre travail, action et contemplation[5] (contrairement à Hannah Arendt qui ne voit que la contemplation et l’action)[6]. Pour elle le travail place l’homme dans sa relation aux autres et au monde. Sans pour autant adhérer au christianisme en tant qu’institution, elle applaudit à ce passage (n° 146) de l’encyclique Quadragesimo Anno sur la justice sociale (Pie XI, 1931, donc en pleine crise financière mondiale et en pleine montée des totalitarismes) : « la matière inerte sort ennoblie de l’atelier, tandis que les hommes s’y corrompent et s’y dégradent. » (L’enracinement,1949).

Enfin, dans « Expérience de la vie d’usine » (1936-1941) : « Les choses jouent le rôle des hommes, les hommes jouent le rôle des choses : c’est là qu’est la racine du mal ». Nous ne sommes pas loin de l’IA dans certaines configurations. Par exemple quand un robot demande à un humain de prouver qu’il est humain (« authentification » CAPTCHA). Le test de Turing à l’envers, en quelque sorte.

1.2.2 André Gorz 

 Dans « Métamorphoses du travail, critique de la raison économique », Editions Galilée, 1988, Gorz  dénonce les mêmes dérives, avec des mots tout aussi forts : il oppose « intégration fonctionnelle et désintégration sociale », pointe « l’élimination du facteur humain et la substitution au travail vivant et à l’ouvrier libre d’un travail et d’un travailleur rigoureusement programmés », la fuite en avant de la production, de la consommation et du profit,  « la prise en charge « personnalisée » des individus par des réseaux informatiques pleins de sollicitude » (pas mal vu pour 1988, cf. le Nudge management…) « Techniques de production et techniques de dominations sont indissolublement confondues. » « [Le travail n’est plus] poïesis, action souveraine de l’homme sur la matière[7] », « Le processus de domination de la nature par l’homme se retourne en domination de l’homme par ce processus de domination. » « …un milieu en voie de dislocation et de fragmentation continuelle, livré à l’agression méga-technologique. » « Ce que nous appelons « travail » est une invention de la modernité. La forme sous laquelle nous le connaissons, pratiquons et plaçons au centre de la vie individuelle et sociale, a été inventée, puis généralisée par l’industrialisme ».

1.2.3 Günther Anders

Dans « L’obsolescence de l’homme » (1956), Günther Anders développe la notion de « honte prométhéenne » qui est le pendant de la fierté prométhéenne (d’avoir dérobé le feu du ciel et mis au point des objets perfectionnés). Tandis que les productions de l’homme et les instruments de production sont de plus en plus adaptés à ce pour quoi ils sont conçus, c’est l’homme qui apparaît de moins en moins adapté. La relation aux objets devient aliénante. Anders parle de « la question brûlante de la transformation ou de la liquidation de l’homme par ses propres productions » (il pense principalement à l’arme atomique mais son raisonnement s’étend à la technique en général).

« Chaque jour un nouvel instrument

Toujours plus beau sort des automates.

Nous sommes les seuls à avoir été ratés

Les seuls à avoir été créés obsolètes. »

1.2.4 Michel Crozier

Dans « Nouveau regard sur la société française » (Odile Jacob, 2007) l’auteur de « L’acteur et le système » écrit: « Le travail est et restera une valeur fondamentale. Il est ce qui permet la rencontre de l’homme avec le monde, il apporte la contrainte en même temps que la création. Le travail peut et doit changer. Mais il restera. Sans travail, on n’appartient pas au monde. » Noter qu’il parle du travail en général, celui du paysan, de l’artisan, du salarié, du libéral…, manuel, intellectuel, social…

1.2.5 Jeremy Rifkin

Dans « La fin du travail » (1995, La Découverte 2006) Rifkin consacre un passage aux « machines qui pensent ». On y lit, notamment, ceci :

« … une nouvelle génération d’ordinateurs si humains dans leur comportement et leur intelligence qu’on les verra plus comme des compagnons et des collègues que comme des accessoires mécaniquesLe dialogue sera si intime (et même exclusif) que seuls la persuasion et le compromis mutuel déboucheront sur des idées… »[8]

Plus loin : « … des images holographiques grandeur nature d’êtres humains, générées par ordinateur [NDLR : existe déjà ! les avatars 3D] et capables d’interférer avec les véritables êtres humains dans le temps et dans l’espace [NDLR : ne saurait tarder à exister] … on ne les distinguera pas des personnes réelles. »

Le livre de Rifkin, préfacé dans sa traduction française de 2006 par Michel Rocard, est un plaidoyer pour une « économie sociale » prenant le pas sur l’économie libéraliste actuelle.

1.3 Quelques lectures sur le sens du travail

Sur le sens du travail et sur l’homme au travail, on pourra donc lire avec profit, entre autres :

  • Simone Weil : ses écrits directement (notamment « L’Enracinement » et «Expérience de la vie d’usine, 1936-1941 ») , ou bien :
    •  Robert Chenavier : « Simone Weil, une philosophie du travail », Cerf, La nuit surveillée, 2001
    • Emmanuel Gabellieri : « Penser le travail avec Simone Weil», Nouvelle Cité, 2017
  • André Gorz : « Métamorphoses du travail, critique de la raison économique », Editions Galilée, 1988.
  • Père Pierre Coulange : « L’homme au travail, l’éclairage de la Bible et de l’engagement social de l’Eglise », Parole et Silence, 2010.
  • Pierre-Yves Gomez :
    • « Le travail invisible, enquête sur une disparition », François Bourin éditeur, 2013.
    • « Intelligence du travail », Desclée de Brouwer, 2016.
  • Gilbert Simondon:  « Du mode d’existence des objets techniques », Aubier-Montaigne, 1969. (parle déjà des IA!)
  • George Friedmann : « Le travail en miettes », Gallimard, Idées 1956. Une grande partie est obsolète mais les chapitres « Les principaux signes de l’aliénation dans le travail » et « La technique donne congé à l’homme. Où le reloger ? » sont encore intéressants pour notre sujet. Friedmann traite entre autres de l’automation (on dirait robotisation et numérique aujourd’hui) et des liens entre sens du travail et sens des loisirs.
  • Karl Polanyi : « La Grande Transformation », 1944, Gallimard collection Tel, 1983.
  • Michel Crozier: « Nouveau regard sur la société française », Odile Jacob, 2007.
  • Dominique Meda: « Le travail, une valeur en voie de disparition», Aubier, 1995.
  • Jean-Marc Le Gall: « L’entreprise irréprochable, réciprocité, responsabilité, démocratie », DDB, Collège des Bernardins, Humanités, 2011 (Troisième partie: Une crise profonde du travail).
  • Matthew B. Crawford : « Eloge du carburateur, essai sur le sens et la valeur du travail », La Découverte/Poche, 2010 et 2016.
  • Günther Anders : « Obsolescence de l’homme, sur l’âme à l’époque de la seconde révolution industrielle », 1956, Editions de l’Encyclopédie des nuisances, Editions Ivrea, 2002.
  • Jeremy Rifkin : « La fin du travail », 1995, La Découverte, 1997.
  • Hannah Arendt : « La condition de l’homme moderne », 1958, Poche Pocket, 2002.  (notamment sur le triptyque travail/œuvre/action).
  • Jacques Ellul :
    • « Le Système technicien », Calmann-Lévy, 1977.
    • « Le bluff technologique », 1998, Arthème Fayard, 2012.
    • « Les nouveaux possédés », Fayard, 1973.
  • Zygmunt Bauman : « La vie liquide », 2005, Arthème Fayard/Pluriel, 2013. (Ce qu’il écrit sur la vie individuelle se transpose assez bien à la vie en entreprise).
  • Platon, notamment dans le Gorgias (maître de rhétorique): «Toutefois, Socrate … ce n’est point l’art… qui est responsable de ces écarts et qui est mauvais, c’est, à mon avis, ceux qui en abusent. » (Platon, Dialogues, Gorgias, XI). Passage parfois cité pour argumenter que la technique est moralement neutre, mais que l’usage qu’on en fait ne l’est pas. La technique ayant usurpé le rôle social de l’art.
  • Aristote et saint Thomas d’Aquin :  notamment sur la différence entre « faire » et agir ».
  • Une mention spéciale dans le contexte de l’IA: le chapitre sur l’homme et la machine dans « God & Golem Inc. » de Norbert Wiener (père de la cybernétique et très impliqué dans la naissance de l’intelligence artificielle), 1964, L’Eclat, 2000.

[1] Voir par exemple Marcel De Corte, « De la dissociété », Remi Perrin, 2002

[2] Cité par Emmanuel Gabellieri dans « Penser le travail avec Simone Weil», Nouvelle Cité, 2017

[3] idem

[4] Ibidem, citant le texte « Condition première d’un travail non-servile »

[5] Il suffit de se plonger dans un manuel de management ou dans la théorie du « progrès continu » qui est centrale à la démarche Qualité (et ISO en général) pour toucher du doigt la notion de contemplation : j’agis, je me regarde agir, je m’améliore. Celle-ci s’étend de fait au besoin de compréhension du monde et d’unification de chaque individu, la vie laborieuse (vita activa chez Arendt) étant une des dimensions de cette unité.

[6] Dans « Le travail invisible », François Bourin, 2013, Pierre-Yves Gomez approfondit cette différence entre la philosophie du travail d’Arendt et celle de Weil. Dans « La condition de l’homme moderne » (1958), Arendt distingue l’œuvre (réalisation choisie par l’homme, dans un projet qui lui est propre, qu’il s’est lui-même choisi) du travail (rendu contraignant et nécessaire par le besoin d’assurer son existence). Il y a donc toujours chez elle une part aliénante dans ce qu’elle dénomme « travail ». Weil ne distingue pas œuvre et travail, quelle que soit la pénibilité voire l’aliénation apportée par celui-ci. L’homme est fait pour travailler. L’enjeu pour elle est de rendre sa dignité et son authenticité au travail humain, pas de le transformer en « œuvre ». Arendt veut libérer l’œuvre du travail, Weil accepte que les deux soient inextricablement mêlés. On a donc affaire à deux anthropologies et deux visions de la place du travail dans la société. La liberté humaine s’exprime différemment selon l’une et selon l’autre.

[7] Cf De Corte, supra. Pourtant pas du tout du même bord !

[8] Rifkin cite ici Nicholas Negroponte, du Media Lab du MIT, auteur notamment de The Architecture Machine.

2 commentaires

  1. JeanB a dit:

    Le cadre est posé: merci pour cette mise en perspective et cette synthèse éclairante.
    Hâte de lire les deux prochains

    14 avril 2021
    Répondre
  2. blandine-hyperion-lbc a dit:

    Merci Jean, ça ne saurait tarder.

    15 avril 2021
    Répondre

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