Pentagon Papers: raison d’Etat, Corporate Social Responsibility et Bien commun

Pour les moins juniors d’entre nous, le film « Pentagon Papers » fait écho à la publication en 1971 par différents journaux américains, de documents classifiés du Pentagone sur la guerre du Vietnam.  A l’époque, ces articles furent diffusés mondialement en livres de poche, comme celui-ci:

Toutes choses égales par ailleurs concernant les qualités des acteurs et du film, je le signale ici car il aborde, à l’américaine c’est-à-dire sans trop théoriser, en expliquant par l’exemple et l’action, des sujets très intéressants en matière de RSE (Corporate Social Responsibility en l’occurrence):

  • la raison d’Etat (donc le crime de  haute trahison) et leurs limites (la vie des GI’s était en jeu, la lutte contre le communisme aussi)
  • le devoir de rébellion (rébellion n’est pas sédition) ou de passer outre, si le gouvernant enfreint gravement la Constitution et a fortiori la loi naturelle
  • le service du bien commun et qui le définit dans un cas comme celui-là (le juge de la Cour Suprême en l’occurrence; donc le droit dit le bien, ce qui ne va pas de soi)
  • ce qu’une entreprise (de presse) est prête à faire pour exercer sa responsabilité sociétale, du moins telle qu’elle la conçoit
  •  le leadership (au féminin en l’occurrence).

On voit qu’au nom de la CSR, la dirigeante du Washington Post (Katharine Graham) en pleine entrée au Stock Exchange de son entreprise, prend des risques pénaux, personnels et financiers considérables, pour elle comme pour ses employés. Il serait naïf de croire qu’elle n’escompte pas, si elle s’en sort, réussir un coup de maître qui propulsera son affaire au-delà de toute espérance, mais elle joue très très gros pour des motivations essentiellement morales. Ce qui n’est pas nécessairement le cas de tous les journaux aujourd’hui. Le Prince (auraient dit saint Thomas d’Aquin… ou Machiavel) joue gros aussi, puisqu’il s’agit évidemment de Richard Milhous Nixon, acculé à démissionner en août 1974, pour d’autres raisons mais pour le même genre de pratiques.

La RSE dont il est question ici est évidemment la RSE d’origine morale, typiquement américaine, pas la RSE alignée sur le Développement Durable, encore dans les limbes à cette époque (cf. sur ce blog  l’article traitant des  3 sources de la RSE).

Les portraits psychologiques sont plutôt fins. Que la réalité soit ou pas un peu enjolivée ou simplifiée, il est tout de même rare de voir une entreprise prête à faire hara-kiri pour la défense du bien commun.  Même si l’on peut citer des noms de patrons qui ont préféré démissionner que manquer à leurs convictions ou au bien de leur entreprise.

On dit que les américains jouent au poker et les russes aux échecs (que Bobby Fischer me pardonne, là où il est!), ça se confirme dans ce film, côté Washington.

Ah oui… le film est de Steven Spielberg.

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