Impact des formations RSE

Laurent Barthélemy est consultant free-lance Hyperion LBC en éthique des affaires et RSE, référencé Lucie 26000 et SA 8000, et manager de transition notamment en RSE, chez Louerunmanager.

Le Point vient de publier dans son numéro du 21/11/2019 un article assez complet sur « les meilleures formations initiales et continues à la RSE. » Cette publication intervient dans le contexte d’une prégnance croissante de l’attention apportée à l’engagement sociétal non seulement des entreprises mais des collectivités territoriales, ainsi que de démarches récentes comme, en septembre 2019, la proposition de loi de Delphine Batho député sur l’enseignement des enjeux du développement durable ou l’appel de quatre-vingts dirigeants d’établissement allant dans le même sens. Elle coïncide également avec l’appel des étudiants de Réveil Ecologique pour une meilleure prise en compte des questions de développement durable et de responsabilité sociétale, dans les cursus d’enseignement supérieur.

Dessin de Tartrais pour Le Point

1.    Le jury

On y trouve BNPParibas, Bouygues, Birdeo (recrutement RH notamment dans le domaine RSE), Utopies (qui promeut la « certification » B Corp en France, donc « business for impact »), Danone, Guerlain, Kering, Carrefour, Quadrature (conseil en communication et stratégie « éthiques »), Des Enjeux et des Hommes (Agnès Rambaud, qui anime par ailleurs avec Martin Richer des ateliers « Raison d’être de l’entreprise » dans le sillage du rapport Notat-Senard et de ce qui en a survécu dans la loi « Pacte » et ses décrets d’application).

2.    Le mode de classement des formations initiales RSE

Le palmarès a été établi parmi 30 formations initiales possibles, en fonction des préférences des membres du Jury, selon un mix associant : leur propre cursus RSE, ceux suivis dans le groupe auquel ils appartiennent, la qualité estimée par eux de ces formations et enfin leur aptitude à apporter aux stagiaires les compétences-clés nécessaires à leurs responsabilités RSE.

C’est une méthode comme une autre, du genre « avis d’expert ». D’autres méthodes d’évaluation des formations portent sur la qualité pédagogique, celle des supports, la rémanence ultérieure des acquis de la formation, le mode d’évaluation des stagiaires en fin de formation et de la formation par les stagiaires, le prix, la notoriété internationale, l’environnement matériel ou autre de la formation etc.  Le fait que l’ISO 26000 et les référentiels RSE en général (sauf exception du type SA 8000) soient des recommandations non auditables donc laissant une bonne part à l’interprétation et à la subjectivité, se reflète probablement dans les cursus de formation initiale RSE proposés par ces organismes et dans la méthode utilisée ici.

Classement Le Point des meilleures formations initiales RSE _ 21/11/2019 (voir l’article sur https://www.lepoint.fr/politique/palmares-rse-les-meilleures-formations-25-11-2019-2349320_20.php  )

A noter que la licence « Impact positif » de l’université Paris Sciences & Littérature (PSL) n’y figure pas, et pour cause car ce cursus sur 3 ans doit débuter en 2020.  On reparlera d’impact avec MySezame  dans le paragraphe Formation continue.

La seule formation initiale étrangère figurant dans le « top 9 » est Cambridge ; ni l’EPFL de Lausanne, ni le Canada n’y figurent. Les universités américaines ne semblent pas très prisées pour ce qui est de la Corporate Social Responsibility, contrairement aux MBA. L’INSEAD non plus.

3.    D’autres Points de vue

  L’initiative des étudiants des grandes écoles « Pour un réveil écologique » vise au départ à interpeller les grandes entreprises (qui pré-recrutent dans les grandes écoles), en vue d’une démarche authentiquement responsable et pas seulement déclarative voire commerciale (toutes ne sont pas suspectes de ce point de vue). Lire le manifeste.  Bonne stratégie puisque les étudiants ou élèves en question disposent d’un vrai levier de négociation ou d’influence (le problème réel d’attractivité des grandes entreprises, souligné récemment par le rapport Mazars exploitant les DPEF 2018  (déclarations de performance extra-financière)[1] ;  de plus, comme l’a bien compris Ecovadis, les grands groupes diffusent via leurs chaînes d’approvisionnement et sous-traitance, leurs propres (bonnes ou mauvaises) pratiques sociales, sociétales et environnementales. Donc par ce biais les étudiants atteignent (plus lentement certes) les PME qui ne sont pas le débouché principal ni même courant en sortant de grande école ou de l’université (contrairement à la création de start-up ou bien au recrutement par la Finance). Pour un réveil écologique a récemment diffusé un manifeste concernant les cursus de formation initiale, qui complète le « dispositif d’interpellation » : grands groupes à court terme, RTI et PME à moyen terme et formations initiales. Parmi les élèves de grandes écoles et étudiants se trouvent un certain nombre de dirigeants et acteurs-clés de l’industrie et de l’économie de demain ; autant qu’ils soient bien formés, en effet. On a connu ça pour la Qualité, la Systémique, la Statistique etc. en d’autres temps. Reste à « sensibiliser »  sur le sujet les corps de l’Etat (Mines, Ponts & Chaussées, Armement etc.) et les Fédérations professionnelles…

                Mentionnons également le palmarès du site « Meilleur Master »

4.    Les formations continues

Classement Le Point des meilleures formations continues RSE _ 21/11/2019 (voir l’article sur https://www.lepoint.fr/politique/palmares-rse-les-meilleures-formations-25-11-2019-2349320_20.php  )

On y trouve sans grande surprise Paris-Dauphine, les Mines Paris Tech (très actives de même que les Bernardins sur les questions entrepreneuriales, notamment dans la phase Notat-Senard mais de façon très pérenne). Perso je mettrai une mention spéciale à  l’Institut Leonard de Vinci .

A mon sens, la surprise vient de l’absence d’organismes dûment datadockés tels que l’Agence Lucie, l’AFNOR etc. ainsi que des « réseaux » du type CJD (pionnier en la matière) qui proposent des cursus éprouvés et de qualité.  Ceci, révérence gardée envers la vénérable CEGOS dont le sérieux n’est pas à mettre en doute, pas plus que le service irremplaçable rendu par Octave Gélinier à l’éthique des affaires. On peut aussi s’étonner de ne pas y trouver les parcours MySezame « business for impact » , datadockés eux aussi.

En guise de conclusion

L’article souligne au passage le « lobbying » intensif des compagnies d’assurances en faveur d’une professionnalisation des responsables RSE (l’idéal étant en fait qu’il n’y en ait plus, comme chez Patagonia qui a atteint un stade (jamais définitivement acquis) de maturité élevé en CSR, les personnes-clés et les processus/procédures étant directement imprégnées des enjeux et pratiques RSE.) Ce constat est intéressant, car il met bien en évidence l’utilité forte d’une démarche RSE structurée, outillée, instrumentée et mesurée, en matière d’identification, réduction et maîtrise des risques. En effet, un diagnostic RSE (calé par exemple sur l’ISO 26000 directement ou via des référentiels applicatifs type Lucie 26000, B Corp, AFNOR etc.) oblige à soulever tous les couvercles, ouvrir tous les placards, regarder sous tous les tapis et explorer toutes les avenues et sentiers de l’entreprise ; ce qu’on pourrait qualifier de « 360° en profondeur ». C’est donc ce que j’appelle un « outil de déminage » très puissant. Qui permet en principe d’identifier et désamorcer puis positiver les risques sociaux, sociétaux, environnementaux, réglementaires et juridiques, économiques etc. sans redondance aucune avec les démarches « classiques » de BRAM (Business Risk Assessment & Management), QHSSE, AMRAE etc.

Ce palmarès du Point du 21/11/2019 a le mérite de fournir des éléments concrets et matière à réflexion sur la « professionnalisation » aussi bien des organismes de formation que des grandes entreprises, dans le domaine de la RSE ou plus largement du business for impact/for good (comme on voudra). Ce qui est une bonne nouvelle, cohérente avec la prégnance croissante de ces enjeux et démarches, que ce soit pour des motifs de développement durable, d’éthique des affaires, d’évolution managériale ou de maîtrises des risques d’entreprise. Sans oublier les collectivités territoriales et les associations. Pas sûr qu’on y trouve un levier de motivation pour les (T)PME qui ont des problématiques différentes des grands groupes ou ETI pour ce qui concerne l’engagement formel RSE, mais c’est un autre débat et l’effet d’entraînement des grands groupes devrait se faire sentir via notamment les Achats Responsables.


[1] Selon cette analyse Mazars, les risques principaux identifiés par les entreprises dont les DPEF ont été exploités sont : 81% fraude, corruption, éthique- 63% santé sécurité du travail- 61% attraction des talents– 60% changement climatique- 42% compétences/employabilité- 42% supply chain- 39% RGPD

2 commentaires

  1. Emilie a dit:

    Merci pour la mention ! Institut Léonard de Vinci

    9 décembre 2019
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    • blandine-hyperion-lbc a dit:

      ça me paraît justifié! Joyeux Noël

      24 décembre 2019
      Répondre

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